Louis-Ferdinand Céline – Voyage au bout de la nuit

23 04 2012

Quatrième de couverture :

« – Oh ! Vous être donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat…

–   Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans… Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi… je ne pleurniche pas dessus moi… je la refuse tout net, avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c’est eux qui ont tort, Lola, et c’est moi qui ai raison, parce que je suis seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir. »

Mon avis :

Quand on sort d’une lecture telle que celle-ci, on est un peu patraque. C’est de la littérature de très haut vol. Il faut vraiment prendre le temps de la savourer page par page, paragraphe par paragraphe, mot par mot, lettre par lettre. C’est extrêmement sombre mais tellement bien écrit. C’est tout simplement magnifique.

Il y a beaucoup d’éléments autobiographiques de Louis-Ferdinand Céline dans le personnage de Ferdinand Bardamu. On ressent un vif mal-être de l’auteur dans le texte et ce mal-être est traduit de manière très angoissante, sombre, ça fout le cafard. Cependant, la poésie du texte atténue, en quelque sorte, cette angoisse.

On a une vision de la vie humaine telle que la voyait Louis-Ferdinand Céline, c’est loin d’être tout beau mais la description est, on ne peut plus, réelle. Toutefois, Céline fait preuve de beaucoup de tendresse avec les personnes âgées et les enfants.

Si vous avez le cafard, ne lisez pas ce livre, ou du moins attendez un peu sinon vous allez littéralement vous enfoncer. Pour vous donner un aperçu du sombre de ce livre, référez-vous au passage qui suit :

Extrait p. 418 (Editions Folio)

« La grande fatigue de l’existence n’est peut-être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c’est-à-dire immonde, atroce, absurde. Cauchemar d’avoir à présenter toujours comme un petit idéal universel, sur-homme du matin au soir, le sous-homme claudicant qu’on nous a donné. »

Book club du Bozar à Bruxelles du jeudi 22 mars 2012

Louis-Ferdinand Céline a écrit son premier roman en 1930 à l’âge de 36 ans.

Mystère/énigme de « Céline » : il a une vision qui arrive à brosser des vérités de manière succincte.  Nabokov avait dit « les meilleurs romans sont des contes de fées. » Dans la biographie de Céline, on retrouve beaucoup les fées d’une féérie noire.

Dans « Voyage au bout de la nuit », l’expérience de la Grande Guerre de Céline est primordiale car elle a un impact sur le désenchantement. Il n’y a pas de tentative d’embellissement de la réalité, Céline a plutôt tendance à la noircir.

Biographie de Céline (dans les très grandes lignes) : sa mère travaillait dans la dentelle et son père dans les assurances, Céline semble avoir souffert de la pauvreté de ses parents, « Mort à crédit » est une autobiographie. (Cette version de la bio de Céline a été niée en bloc par Marc Hanrez qui était présent lors de ce book club).

Bon à savoir : Céline est l’écrivain préféré d’un certain Nicolas Sarkozy !

Céline est indissociable des pamphlets antisémites violents qu’il a écrit et qui sont d’ailleurs toujours interdits en France.

Lila Azam Zanganeh pose des questions à l’assemblée :

–          Est-ce qu’on peut distinguer l’auteur antisémite de l’auteur fabuleux ?

–          Est-ce qu’on peut distinguer l’homme de l’artiste ?

Marc Hanrez s’est emporté et a été limite insultant (à mon goût et je risque de ne pas me faire que des amis en écrivant ceci. J’assume.). Lila a répondu que « parler d’un écrivain dans un contexte culturel (années 30) n’est pas la même chose que de parler d’un assassinat de masse dans un contexte culturel (années 30). » et les écrits antisémites de Céline ne sont en aucun cas excusables !

L’incident clos. Marc Hanrez explique quelques éléments concernant Céline : Il faut remonter à la guerre 14-18 où Céline a été blessé et a surmonté sa germanophobie. Céline ne voulait plus d’une guerre « européenne » (synonyme de « Civile ») à C’est la France qui a déclaré la guerre à l’Allemagne. Céline voulait éviter la guerre France – Allemagne car il savait que la France était perdante. Marc Hanrez ne veut pas défendre Céline, juste expliquer le contexte.

Lila Azam Zanganeh explique que Céline était atteint de paranoïa et ses enfants ont souffert de maladies mentales. Un de ses petits-enfants souffre aujourd’hui de maniaco-dépression. Le tournant antisémite a eu lieu à son expérience à la Société des Nations. Céline a une écriture systémique : il glisse de l’oralité dans l’écriture.

Le personnage de Bardamu est un héro qui se heurte à la laideur du monde, c’est une victime.

Extrait pp. 159-160 (dans l’édition Folio) : Bardamu pose un geste envers son ami comme s’il veut le rassurer.

L’angoisse est décrite de manière très prenante, c’est un générateur d’angoisse.

D’après Marc Hanrez, Céline est un auteur hautement comique. Céline est drôle par la forme de langage. Les aspects lumineux de ses écrits sont les enfants et les vieilles personnes.

Extrait pp. 504-505 (dans l’édition Folio) : Fin. Un univers qui se clôt comme dans les dessins animés où ça se rétrécit. C’est de la poésie à l’état pur, c’est un monde en suspension. C’est tout, sauf du réalisme.

 

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One response

22 08 2012
Fersenette

Cet incontournable littéraire jusque là contourné fait partie de mes projets intenses.

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