Vladimir Nabokov – Lolita

19 11 2011

Quatrième de couverture :

« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.

Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. Elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita. »

Mon avis :

Comme pour « Freedom » de Jonathan Franzen, j’ai lu « Lolita » pour le book club du Bozar à Bruxelles. Celui-ci se tient en français un mois sur deux (plus de détails dans le compte-rendu suite à mon avis).

Au début, je paniquais un peu. « Lolita » dans mon esprit éveille pas mal de soupçons. Pour moi, « Lolita » signifie jeune adolescente aguicheuse. Et aussi, homme d’une quarantaine d’années et  pédophile.

Certes, le livre est une sorte de journal ou de lettre explicative du narrateur sur son comportement. Il est tout à fait conscient de sa dérive et à la fin, il éprouve même des regrets pour ce qu’il a fait à la jeune adolescente Dolores, qu’il surnomme Lolita.

Quant à Lolita, je me suis posée beaucoup de question sur sa personne. Il est difficile de la cerner totalement. Et une question reste à mon esprit : est-elle tout à fait innocente ? Je crains ne jamais avoir vraiment la réponse.

L’écriture de Nabokov est merveilleuse. Comme dirait un de mes collègues qui un vendredi midi me voyant lire et désirant savoir ce que je lisais : « Il est sacrément bien écrit ce livre ! ». Mon collègue l’avait lu il y a quelques temps. Et il faut croire qu’il lui est resté bien à l’esprit.

Cela ce comprend car je pense que l’écriture de ce livre frôle la perfection. Humbert Humbert (le narrateur) arrive à nous attendrir malgré qu’il puisse être agaçant. On en arrive à éprouver de la tendresse pour ce prédateur. Ce qui me file des frissons dans le dos.

Quant à Lolita s’est une adolescente comme toutes les adolescentes qui découvre et qui a un sacré caractère de cochon.

Autre chose d’intriguant dans ce roman, c’est la non-réaction des personnes qui connaissent Lolita. Effectivement, Humbert Humbert a épousé la mère de Lolita. Sa mère découvrant le journal d’Humbert, se rend compte des penchants d’Humbert pour sa fille. En voulant intervenir, Charlotte (la mère de Lolita) finira par décéder accidentellement. Et je ne comprends pas comment l’entourage de Lolita n’a pas réagit aux brusques changements survenus dans la vie de Lolita : voyage de plusieurs mois à travers les Etats-Unis sans revenir chez elle. C’est assez particulier.

Mais bon, un livre est fait pour nous faire voyager, découvrir de nouvelles sensations et nous poser questions. Ce livre allie le tout à la perfection.

Book Club au Bozar, à Bruxelles, le jeudi 17 nov  embre 2011

Pour avoir plus d’informations sur le Book Club, les dates et les livres, rendez-vous ici

Animatrice : Lila Azam Zanganeh (son site internet ici)

Lieu : Bozar, Rue Ravenstein 3 à 1000 Bruxelles

Heure : 20h30 – 22h00

Comme la fois précédente (23 septembre 2011 pour Freedom de Jonathan Franzen), je me suis rendue munie de mon ticket au Book Club. Il y avait un peu plus de monde cette fois-ci. De plus, ayant assistée à deux réunions sur la journée (desquelles je dois rédiger les procès-verbaux), je pensais partir à la pause et ne pas assister jusqu’au bout aux discussions.

C’était vraiment sans compter sur le don de Lila de partager son enthousiasme. Et pour finir, je suis restée jusqu’au bout.

Tout d’abord, Lila introduit les discussions en expliquant que Vladimir Nabokov est son auteur préféré (pour preuve le livre qu’elle a écrit). Mais, ce soir, elle n’est pas là pour parler d’elle et de son livre. Elle nous explique qu’elle a longtemps cru que Lolita n’était pas une biographie de l’auteur (entre nous, je l’espérais). Toutefois, certains éléments relève du vécu de Nabokov (aïe) : l’idylle de Humbert quand il était enfant (ouf). Ce qui mène Lila à dire : « Toute œuvre d’un écrivain est liée à l’histoire biographique de celui-ci ».

Le thème du livre est bien évidement la pédophilie, thème plutôt gênant qui vient en contradiction à la poésie de l’écriture. Nabokov écrit en miroir avec la littérature. Chacune de ses phrases dans Lolita renvoie à des styles littéraires. On retrouve notamment des références à :

–         Edgar Allan Poe ;

–         Alice aux Pays des Merveilles (surtout parce qu’il y a une sorte de jeu d’échec à le lecteur) ;

–         Freud.

Comme pour Freedom, Lila nous lit des extraits du livre suite auxquels elle demande notre ressenti.

Le personnage d’Annabel est une référence à Edgar Allan Poe. Et la scène d’amour interrompue dans la grotte est une référence à Freud. Tout ce qui est écrit en rapport à Annabel est un geste autobiographique de Nabokov. A 15 ans, il est tombé fol amoureux d’une Lucia qu’il rebaptisera dans d’autres œuvres Tamara. Dans les écrits de Nabokov, il y a toujours de jeunes filles.

Lila nous demande qu’est-ce qui fait qu’on a envie de lire Lolita. Une personne a répondu : « On veut savoir quel crime a été commis. »

A la page 32, se trouve une parenthèse (un pique-nique, la foudre), cette parenthèse a été qualifiée de « la plus étonnante de toute la littérature » par je-ne-sais-plus-quel-auteur. Cette parenthèse est une fois encore un clin d’œil à Freud.

Pour Lolita, Nabokov utilise une écriture sous observation et manipule le lecteur car il essaie de faire passer son personnage pour fou.

Concernant les scènes d’amour, Lila estime que c’est difficile à écrire pour un écrivain et elle fait référence à Orhan Pamuk pour son livre « Le musée de l’innocence » qui débute par une scène d’amour (je vous conseille de lire ce livre).

Lila demande ce qui fait que le livre n’est pas de la pornographie, une personne répond que tout est sous-entendu.

Un homme intervient dans la discussion et dit ceci (que je trouve vrai) : « Chacun a son ressenti, son interprétation du texte, sa musicalité des mots. »

D’après Lila, on rêve tous quelque part d’être des Humbert Humbert, on veut vivre d’amour libéré (il ne s’agit pas d’être tous des pédophiles, je vous rassure).

Avant la fin des discussions, un homme est intervenu pour dire quelque chose qui m’a agacée. Apparemment, il n’a pas aimé le livre. Chose pour laquelle je n’ai aucune objection, car tout le monde à son avis. Par contre, il n’avait aucun argument et il se permet de demander quelle est la substance du livre car d’après lui, ce livre n’apporte rien à personne.

Et là, un homme d’un âge avancé à dit une chose magnifique : « Je pense que c’est Sade qui a dit « Le bonheur de l’homme est dans son imagination ». ».

« Tout le bonheur des hommes est dans l’imagination » Marquis de Sade.

Je pense qu’on ne peut être plus clair. En gros, si le livre ne lui a rien apporté, c’est qu’il n’a aucune imagination ou alors qu’il ne connaît pas le bonheur. Car même un livre qu’on juge mauvais, nous apporte quelque chose.

A Lila de conclure la soirée en expliquant que Nabokov n’était pas pédophile que son livre est le témoignage d’un home qui est à la recherche de l’instant perdu.

C’est la tête reposée suite à un voyage littéraire que je suis partie à 22h45 à la fin de la soirée. Ce fut encore un agréable moment d’échanges et d’apprentissage.

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4 responses

19 11 2011
Nelfe

J’ai exactement le même avis que toi sur ce roman. Je l’ai lu il y a de nombreuses années, j’avais je crois 18 ou 19 ans. J’étais à la fois outrée et attendris par le personnage d’Humbert Humbert. Lolita quant à elle parfois enfant, parfois « garce », laisse aussi un goût étrange dans la bouche…
Une lecture qui ne laisse pas indifférent et qui au final reste dans l’esprit de nombreuses années plus tard.

Je te conseille le film également (celui de Kubrick mais aussi le remake de 97 pas mal du tout).

19 11 2011
petitebelge

C’est sûr que je vais me laisser tenter par les films. Lors du book club, Lila disait qu’il est intéressant de lire « The Annotated Lolita » de Alfred Appel Jr car il reprend toutes les phrases du livre qui font référence à la littérature. Je crois que je vais aussi me laisser tenter par ce livre.

19 11 2011
Rose

Tes book clubs m’impressionnent, j’ai vraiment l’impression qu’il y a un échange. Lolita est un livre qui m’intrigue, mais je ne sais pas si je passerais le pas de le lire.

19 11 2011
petitebelge

Ces book clubs sont vraiment un lieu d’échange. Par contre, je ne suis pas certaine d’assister au prochain au mois de janvier car il portera sur un recueil de poèmes d’amour orientaux. Et la poèsie et moi, ça fait deux. Mais bon, d’ici là, peut-être que ma curiosité me poussera à dépasser ma réticence.

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